Soudain
Réalisé par : Ryūsuke Hamaguchi
Date de sortie : 12 août 2026
Synopsis : Directrice d’un établissement pour personnes âgées, Marie-Lou tente d’y instaurer une philosophie de soins innovante basée sur l’écoute et la dignité des résidents, malgré la réticence d’une partie de ses équipes. Sa rencontre avec Mari, une metteuse en scène japonaise qui se bat contre un cancer, va bouleverser sa trajectoire. En nouant une amitié profonde, les deux femmes engagent ensemble un combat pour “rendre possible l’impossible”.
La note Cinéphiles 44 : 10/10
« Soudain » suit une directrice d’un établissement pour personnes âgées, qui tente d’y instaurer l’humanitude, une approche des soins fondée sur l’écoute, la dignité et la considération de chaque résident. Ses méthodes trouvent un nouvel écho lorsqu’elle rencontre une metteuse en scène japonaise atteinte d’un cancer. De cette rencontre naît une amitié profonde, presque vitale, qui transforme leur manière d’appréhender la vie, la maladie et la finitude. Dès les premières minutes, le film impose son ambition : celle de filmer le soin comme un acte politique, intime et profondément humain. L’immersion dans l’EHPAD est saisissante, presque documentaire, sans jamais perdre de vue la dimension sensible des personnages. Virginie Efira livre ici une performance exceptionnelle, d’une justesse rare. L’actrice parle d’ailleurs japonais pendant une large partie du film. À ses côtés, Tao Okamoto impressionne tout autant, dans un rôle à la fois fragile et lumineux. Les deux comédiennes méritent amplement leur Prix d’interprétation au Festival de Cannes 2026. Le film doit aussi beaucoup à cette sensation rare d’immersion : les longues conversations donnent l’impression d’être aux côtés des personnages, de partager leur temps, leurs doutes et leurs éclats de vérité. Hamaguchi filme la parole comme un espace vivant, où les idées circulent autant que les émotions. « Soudain » développe aussi une réflexion passionnante sur le rapport entre capitalisme et démocratie. Ces discussions, jamais didactiques, s’intègrent naturellement dans le récit et lui donnent une ampleur inattendue. Avec ses 3h15, le film pourrait sembler exigeant, mais il devient au contraire une expérience enveloppante, presque hypnotique. On en ressort avec le sentiment d’avoir vécu quelque chose de profondément humain, et surtout avec l’envie d’y retourner. Un film d’une rare beauté.
