R.M.N.

R.M.N.

Réalisé par : Cristian Mungiu
Date de sortie : 19 octobre 2022

Synopsis : Quelques jours avant Noël, Matthias est de retour dans son village natal, multiethnique, de Transylvanie, après avoir quitté son emploi en Allemagne. Il s’inquiète pour son fils, Rudi, qui grandit sans lui, pour son père, Otto, resté seul et il souhaite revoir Csilla, son ex-petite amie. Il tente de s’impliquer davantage dans l’éducation du garçon qui est resté trop longtemps à la charge de sa mère, Ana, et veut l’aider à surpasser ses angoisses irrationnelles. Quand l’usine que Csilla dirige décide de recruter des employés étrangers, la paix de la petite communauté est troublée, les angoisses gagnent aussi les adultes. Les frustrations, les conflits et les passions refont surface, brisant le semblant de paix dans la communauté.

La note Cinéphiles 44 : 8/10
Après « 4 mois, 3 semaines, 2 jours », Cristian Mungiu s’attaque avec « R.M.N. » au racisme ordinaire, à la peur de l’étranger et au rejet de l’autre. L’action se déroule dans un village de Transylvanie où le retour d’un ouvrier expatrié coïncide avec l’arrivée de travailleurs étrangers dans une boulangerie industrielle. Ce qui pourrait sembler anodin fait rapidement apparaître des préjugés et des frustrations au sein de la communauté. Le réalisateur roumain refuse les caricatures et montre comment le racisme peut s’installer à travers des discours apparemment raisonnables, des peurs économiques ou des réflexes identitaires. Personne n’est totalement innocent, personne n’est totalement monstrueux. C’est précisément cette nuance qui rend le film aussi dérangeant. Les longs plans fixes et les dialogues très écrits laissent toute la place aux personnages et aux tensions qui les traversent. La séquence de réunion publique constitue à elle seule une démonstration où les paroles deviennent progressivement plus violentes tandis que chacun croit défendre une position légitime. Le film fonctionne également comme un véritable thriller social. Même lorsqu’il ne se passe presque rien, on sent constamment que quelque chose menace d’exploser. Cette tension permanente donne au récit une puissance rare. On peut néanmoins regretter certains arcs narratifs qui semblent abandonnés ou insuffisamment développés. Le coup de tête porté à son supérieur au début du film, qui déclenche pourtant le retour du personnage principal au village, paraît finalement avoir peu de conséquences dans le déroulement du récit.

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